2CCD - LA TYPOGRAPHIE

La typographie

Le mot typographie se compose de « type », qui signifie « empreinte », et de « graphie », qui signifie « écriture ».  

La typographie désigne spécifiquement la technique consistant à imprimer un texte à partir de caractères en relief. Elle se différencie ainsi des impressions à partir de panneaux de bois (xylographie), de plaques de métal ou de pierres (lithographie). Disparue en tant que telle avec l’impression « offset », c’est-à-dire sans caractères matériels, son vocabulaire demeure néanmoins très présent quand il s’agit de décrire des lettres (casse, police, fonte, corps, graisse…). 

 

1. VOCABULAIRE TYPOGRAPHIQUE

2. HISTOIRE DES PREMIERS CARACTÈRES

    Les caractères gothiques

    Les caractères romains

    Les caractères italiques

    Les caractères particuliers

3. LES FAMILLES DE CARACTÈRES

    La classification Thibaudeau

    La classification Vox-Atypi   

 

1. VOCABULAIRE TYPOGRAPHIQUE

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2. HISTOIRE DES PREMIERS CARACTÈRES

Les premiers caractères mobiles utilisés en Corée et en Chine étaient fabriqués en terre cuite, céramique, parfois en bois, enfin en cuivre, l’impression étant toujours réalisée à la main avec un tampon, sans utiliser de presse.

En Europe, on utilisa le bois pour graver des pages entières de texte (xylographies). 

C’est Gutenberg et ses associés qui mirent au point les caractères mobiles fondus avec un alliage de plomb (80 %), d’antimoine (5 %) et d’étain (15 %} — dans des moules à main spécialement conçus à cet effet —, l’encre grasse et la presse, le tout constituant un ensemble cohérent qui connut peu de variations.


Les caractères gothiques

Les premiers caractères créés par Gutenberg et utilisés pour l’impression de la Bible à 42 lignes (n° 1) imitent l’écriture manuscrite la plus répandue au XVe siècle dans le Saint-Empire romain germanique : l’écriture gothique dite « de forme » ou textura. Le style est formel, les lettres sont carrées et aux angles très coupés (diamantés).
 
Dans sa Bible à 42 lignes, Gutenberg utilise des caractères en gothique textura 


Très vite cependant, les fondeurs de lettres donnèrent des polices d’autres écritures gothiques fréquemment employées. Il y eut d’abord les lettres « de somme » (ou rotunda, gothique ronde), très utilisées dans la péninsule italienne, qui se caractérisent par des arrondis sur de nombreuses lettres, et notamment sur la partie haute du « a » (n° 41 ou 60). Il y a ensuite les bâtardes, écriture d’origine bourguignonne, extrêmement répandue dans le royaume de France, tant dans les manuscrits que dans les premiers imprimés en langue française (n° 18, 32 ou 59). Plus lisible que la textura, moins arrondie que la rotunda, elle est longtemps restée l’écriture « officielle » de la chancellerie du roi de France, et du même coup, l’écriture privilégiée pour les textes en langue française.
 
Des caractères en gothique rotunda ont été utilisés pour cette édition d’Avicenne de 1479.

 

Les caractères romains

Dans la péninsule italienne se développe, dès le XIVe siècle, une écriture inspirée à la fois des inscriptions épigraphiques* et lapidaires** de l’Antiquité romaine et des manuscrits carolingiens. Cette écriture, dite humanistique, est beaucoup plus proche de la nôtre que ne peut l’être l’écriture gothique, et s’avère beaucoup plus lisible, du fait notamment que les lettres se détachent bien les unes des autres. Elle est utilisée par les savants humanistes pour la copie de textes latins (n° 39). Il n’est donc pas surprenant que, pour imprimer des auteurs latins antiques, Conrad Sweynheym et Arnold Pannartz, imprimeurs allemands émigrés à Subiaco, près de Rome, mettent au point entre 1465 et 1470, une police de caractères imitant l’écriture humanistique. On appellera ce type de caractères, les caractères « romains ». Ce sont ceux que nous utilisons aujourd’hui. Popularisés dès 1470 par Nicolas Jenson, imprimeur français installé à Venise, puis par Alde Manuce à partir de 1490, l’usage du « romain » se banalise pour les textes en latin et en italien.
 
* épigraphie = Gravure de  texte de toute nature, réalisé par incision, estampage, moulage, sur support rigide.
** lapidaires = dans ce contexte, sur la pierre. 
 
 
 Caractères romains utilisés dans une édition de Pline l’Ancien en 1481.


L’impression des textes de langue française en caractères romains met en revanche plus de temps à s’imposer, pour deux raisons : d’abord le fait que l’identité de la langue écrite française vient en partie de l’usage des gothiques bâtardes ; ensuite et surtout, le fait que la prononciation du français demande des signes particuliers.
À la fin des années 1520, Geoffroy Tory propose ainsi plusieurs solutions à ces problèmes de normalisation et de prononciation de la langue, inventant par exemple la cédille.
Ce n’est qu’après 1530 que les caractères romains se généralisent pour le français, auquel ces polices sont désormais solidement associées.
À partir de 1550 et jusqu’à nos jours, le romain du français Claude Garamond est en effet abondamment réutilisé et copié et il constitue un modèle pour les imprimeurs. 
Le romain se généralise aussi pour les textes en espagnol et en anglais au cours du XVIe siècle, alors que les textes de langues germaniques demeurent imprimés avec différents types de gothiques jusqu’au milieu du XXe siècle.

Les caractères italiques

Les premiers caractères italiques ont été gravés par Francesco Griffo vers 1500, à la demande d’Alde Manuce, le célèbre libraire vénitien.
Inspiré d’une écriture humanistique cursive et légèrement penchée, l’italique a le triple avantage d’être élégant, de demeurer lisible et de gagner de l’espace, ce qui permettait de diminuer les coûts de production.
Malgré un privilège d’exclusivité accordé à Alde Manuce par le sénat de Venise, Balthazar Gabiano, un imprimeur italien formé à Venise et installé à Lyon, crée rapidement une version pirate simplifiée et finalement plus lisible de l’italique. Il est suivi par d’autres imprimeurs lyonnais et parisiens. Le succès commercial des éditions contrefaites d’Alde popularise cet italique simplifié.
Pour autant, même si on continue, pendant le XVIe siècle, à imprimer des ouvrages entiers en italiques (notamment la poésie), l’italique devient, dès les années 1520 et 1530, une fonte complémentaire du romain, pour distinguer un commentaire ou une traduction. Petit à petit, l’italique se cantonne à la mise en valeur d’un mot, d’une phrase ou d’un court passage au sein d’un texte.
 
Caractères italiques utilisés par Alde Manuce et ses héritiers (ici une édition de 1516).

 

Les caractères particuliers

L’humanisme, dont nous avons vu le rôle dans l’évolution de l’imprimerie, se caractérise par une recherche des textes originaux latins, grecs et hébreux pour les textes sacrés. Dans cette optique, Alde Manuce fit graver, dans les années 1490, des caractères grecs cursifs, sur le modèle des écritures manuscrites des savants byzantins avec lesquels il travaillait à l’édition des textes grecs. Les manuscrits grecs anciens, à l’écriture moins liée, étaient en effet très rares. Cette police grecque, qui comprend de nombreuses ligatures, fut largement reprise et simplifiée par d’autres imprimeurs de textes grecs.
En revanche, les caractères d’imprimerie employés pour l’hébreu, qui apparaissent aussi peu avant 1500, s’écartent de l’écriture manuscrite de cette langue, en donnant aux lettres un aspect plus carré.

Cette double page présente des caractères en grec ancien (à gauche) et en hébreu (à droite). Le texte en latin (au centre) est composé en caractères romains et italiques.

   

Pour des raisons de lisibilité et pour des besoins spécifiques à certains langages, notons également la création de caractères typographiques liés aux mathématiques (les chiffres arabes), à la ponctuation, à l’accentuation, à l’écriture de la musique, ou à des effets esthétiques désirés. Tous ont fait l’objet de parcours particuliers pour aboutir à la richesse typographique.
 

Extraits de l'article La typographie - Impressions premières - La page en révolution de Gutenberg à 1530site de la BM-lyon 


3. LES FAMILLES DE CARACTÈRES

Les caractères typographiques sont réunis en catégories, selon diverses classifications.
    - à empattements (comme le Times New Roman),
    - sans empattements (comme l’Helvetica), fantaisie, etc. 
    - en familles de caractères (garalde, humane, mécane, etc.)
    - en polices (Helvetica, Caslon, Times New Roman, Arial), corps et graisses (gras, italique, etc.).
 
Depuis l’ère de l’informatique, ce sont des polices numériques.
 

La classification Thibaudeau 

En 1921 F. Thibaudeau classifie les typographies par empattement mais également par périodes, du premier au second empire. Il distingue ainsi 4 grandes familles :
  • elzévir aux empattements plus ou moins triangulaires, 
  • didot aux empattements filiformes, 
  • égyptiennes aux empattements quadrangulaires, 
  • antiques sans empattements
Tout le reste prend place soit dans les écritures soit dans les fantaisies.
 
Problème, cette classification résolument simple est vite débordée par les multiples nouvelles typographies.
 
La classification typographique de F. Thibaudeau, 1924, Manuel français de typographie moderne, pages 108 et 109

 

Différentes propositions de classification s'en suivent, mais toutes comportent des variations qui ne fonctionnent pas forcement dans tous les pays.

 

La classification Vox-Atypi 

C'est la classification de caractères VOX- ATYPI qui met tout le monde d'accord. Proposée par Maximilien Vox en 1953, la classification Vox-Atypi définit 10 grandes familles de typographies, avec en plus comme le dit Vox, “une évidence d’ordre biologique” mettant en avant le fait que “chaque être a deux parents”. Ainsi, chaque caractère typographique peut posséder deux familles, la première l’emportant sur la seconde. En voici une description par René Ponot, complétée par Pierre-Yann Lallaizon :
  • Groupe I : les humanes, ou caractères des débuts de l’imprimerie. Inspirées par la tradition du romain, elles sont fondées sur l’écriture des manuscrits humanistes du XVsiècle, en rupture avec le style gothique des moines copistes pré-Gutenberg. 
        Ex. : Horley Old Style, Cloister, Kennerley…
 
  • Groupe II : les garaldes (de Garamond et Aide Manuce), ou caractères de la Renaissance. Elles possèdent quelques ressemblances avec les Humanes quoiqu’elles se distinguent par la traverse oblique de leur e.
        Ex. : Garamond, Bembo, Times New Roman, Sabon…
 
  • Groupe III : les réales, ou caractères du XVe siècle monarchique. Elles forment la transition entre les Didones et les Garaldes, quoique plus verticales que ces dernières. 
        Ex. : Baskerville, Caslon, Perpetua…
 
  • Groupe IV : les didones qui sont les didots de Thibaudeau. Elles se distinguent aisément par leur fort contraste entre les pleins et les déliés et leurs empattements filiformes sans angulation.  
        Ex. : Didot, Bodoni, Walbaum…
 
  • Groupe V : les mécanes, qui sont les égyptiennes de Thibaudeau, remarquables par leurs empattements épais et carrés.
        Ex. : Clarendon, Memphis, Amasis…
 
  • Groupe VI : les linéales, qui sont les bâtons ou antiques de Thibaudeau, sans empattements. Créées originellement uniquement en capitales, elles sont apparues au début du XIXe siècle dans les catalogues et existent aujourd’hui en bas de casse.
        Ex. : Franklin Gothic, Helvetica, Futura, Univers…
 
  • Groupe VII : les incises, qui rappellent les inscriptions monumentales de la Rome antique. Leurs empattements sont souvent fins, triangulaires.
        Ex. : Trajan, Albertus…
 
  • Groupe VIII : les scriptes, ou caractères d’écriture rapide, à main levée, avec de larges enjolivures romantiques. 
        Ex. : Shelley Andante, Zapfino, Mistral…
 
  • Groupe IX : les manuaires, ou caractères d’écriture lente à main posée et caractères où le dessin l’emporte sur l’écriture. 
         Ex. : Jacno, Ritmo, Banco…
 
  • Groupe X : les fractures. Entièrement gothiques, elles rappellent l’écriture scripte médiévale et sont en cela identiques à la première textura de Gutenberg.
        Ex. : Fette Fraktur, Goudy Text…
     
  • Groupe XI : les caractères non latins (arabes, hébreux, grecs, etc .)
 
 Classification Association typographique internationale
 
 
 
    La classification typographique Vox-Atypi de M. Vox, 1953

Aujourd'hui la classification typographique Vox n'est plus utilisée car les enjeux contemporains impliquent de tenir compte des nombreux systèmes d’écriture existants, or la classification Vox se limite aux caractères “latin” et ne tenait absolument pas compte des autres systèmes d’écriture tels que le cyrillique, l’arabe, l’hébreu, les langues asiatiques et autres systèmes d’écriture.
En avril 2021, l’Association Typographique Internationale (ATypI) a annoncé qu’elle renonce au système de classification Vox-ATypI et missionne un groupe de travail pour imaginer une nouvelle classification. 
  

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