Les architectes du mouvement
Comment le mouvement s'exprime dans l'architecture ?
Exemples choisis :
1. Victor Horta / 1861 - 1947
La maison de Victor Horta (devenue aujourd'hui le musée Horta. Saint-Gilles – Bruxelles. Habitation et atelier
Construite entre 1898 et 1901
2. Frank Lloyd Wright / 1867 – 1959
La maison cascade / Fallingwater ou Kaufmann House
Pennsylvanie, États-Unis), résidence secondaire
Construite entre 1935 et 1939
3. Zaha Hadid / 1950 – 2016
Caserne de pompier de l’usine Vitra - Weil am Rhein
Construite en 1993
4. Frank Gehry / 1929
La maison dansante, République Tchèque
Œuvre conjointe de l'architecte tchèque Vlado Milunić et de Frank Gehry.
Quais de la rive droite de la rivière Vltava – Prague
Date d’ouverture : 1996
5. L'architecture déconstructiviste
1 . Victor Horta / 1861 - 1947
La maison de Victor Horta (devenue aujourd'hui le musée Horta.
Saint-Gilles – Bruxelles. Habitation et atelier
Construite entre 1898 et 1901
Pour commencer ce topo, j'ai choisi comme exemple la maison de Victor Horta, parce que la notion de mouvement y est très visible, mais aussi parce que nous avons pu la visiter lors de notre voyage à Bruxelles de l'année dernière.
La ligne coup de fouet :
il s’agit d’une ligne courbe asymétrique, dont le dynamisme et le rythme (courbe / contre-courbe, pleins et déliés) exprime le mouvement et la vie ( à la différence d’un décor statique) .
Courbe – contre-courbe - Ondulations – entrecroisement – arabesques – torsion
Sinueux - Évocation – simplification
Croissance – mouvement – dynamisme
Relation(s) entre les différentes parties
Le style Art-Nouveau procède par fusion ou synthèse : à l’opposé d’un style éclectique qui procède plus par accumulation ou addition. Il tend à créer une relation organique entre l’ornement et la fonction de l’objet. Le décor s’adapte à la structure.
Cette fusion s’exprime également dans le décloisonnement des arts. L’architecture est traitée comme une sculpture, la barrière traditionnelle entre arts majeurs et arts mineurs tombe, en élevant par exemple l’affiche aux rangs des beaux-arts.
Sur le détail de la façade du musée Horta, la continuité entre les différentes parties est bien lisible. constructifs de l'édifice (poutres et piliers) sont laissés apparents. Alors que beaucoup d'architectes contemporains d'Horta utilisaient les techniques modernes de construction, les décors restaient puisés dans des styles du passés et les éléments constructifs étaient dissimulés, habillés d'un décor plaqué. En voulant trouver un style propre à son époque, Victor Horta fit le choix de laisser apparents ces éléments et de les utiliser pour dessiner ses lignes coup de fouet. Les éléments constructifs et fonctionnels deviennent ornementaux
Les "différentes couches" qui composent l'édifice (structure, habillé d'une enveloppe ornementale) sont de moins en moins hermétiques, et des passages sont générés entre le "squelette" et "l'enveloppe" de l'architecture.
Cette utilisation des éléments constructifs et fonctionnels comme éléments de décors est également visible à l'intérieur de l'édifice, comme en témoigne le travail des gaines en cuivre des câbles électriques.
La fluidité du plan
C'est dans ce salon que Horta organisait des soirées musicales. Ce salon occupe toute la largeur de la façade. Les différents espaces sont bien définis mais ne sont pas séparés par des cloisons. Les circulations (physiques et visuelles) sont fluides. En face de ce salon musical, la salle à manger est intégrer à l'ensemble (pas de cloison), séparée des autres zones par une différence de niveau. Le salon, la salle à manger, la cage d'escalier et ses paliers coexistent en harmonie.
L'escalier : la colonne vertébrale de la maison Horta
Horta s'est éloigné du plan traditionnel des habitations bruxelloises, articulant l'espace autour d'une cage d'escalier de plan carré s'élevant au cœur du bâtiment.
Celle-ci est éclairée au zénith par une verrière.
Les pièces sont agencées sur des niveaux différents, créant d'originales perspectives à travers le bâtiment. En montant, les dimensions de l'escalier se réduisent, l'escalier donnant accès à des pièces de moins en moins fréquentées. Ce rétrécissement augmente le mouvement ascendant jusqu'à la verrière.
2. Frank Lloyd Wright / 1867 – 1959
La maison cascade / Fallingwater ou Kaufmann House
Pennsylvanie, États-Unis), résidence secondaire
Construite entre 1935 et 1939
Wright est à l’origine de l’architecture organique.
Implantation de la villa choisie au dessus de la cascade ( au lieu de face à la cascade).
Le plan favorise le contact avec celle-ci.
La villa compte 3 niveaux, dotés chacun d’une terrasse. Le rocher est laissé apparent à l’intérieur, près de la cheminée. Un escalier permet d’accéder au bassin d’eau.
Wright veut en finir avec l’espace intérieur conçu comme une succession de pièces fermées, qu’il compare à des boîtes . Il va ouvrir cet espace en supprimant la plupart des cloisons, remplaçant certaines par des verrières. Le paysage pénètre à l’intérieur de la maison. La villa devient partie intégrante du paysage, au point qu’elle ne pourrait pas être transplanter ailleurs.
Libérer les espaces
Faire corps avec le site / S’intégrer à l’environnement
À l'origine des villas « prairies » et de l'architecture Organique
3. Zaha Hadid / 1950 – 2016
Caserne de pompier de l’usine Vitra - Weil am Rhein
Construite en 1993
Zaha Hadid, née le 31 octobre 1950 à Bagdad et morte le 31 mars 2016 à Miami. C'est une architecte et urbaniste irako-britannique, figure importante du courant déconstructiviste.
Sa première construction achevée a été le Vitra Fire Stationen Allemagne, en 1993, caractérisé sa structure épurée et son dynamisme aérien.
Tirant les enseignements de l'incendie de 1981, Vitra décide de construire sa propre caserne de pompiers. La conception de ce bâtiment revient à Zaha Hadid. Ne pouvant toutefois prendre en charge que les premiers secours sans remplacer les services publics des pompiers, la caserne sera mise hors service quelques années plus tard. Depuis, le bâtiment accueille des manifestations ou expositions du Vitra Design Museum. Les interventions sur le Vitra Campus relèvent aujourd'hui de la compétence des pompiers de Weil, en coopération avec ceux de Bâle
Citation extraite de la présentation du projet sur le site Vitra
La Caserne de pompiers est une sculpture en béton coulée sur place qui, telle une explosion figée, contraste avec l’ordonnancement à angles droits des halls voisins. Les visiteurs remarqueront dans le bâtiment les espaces inhabituels créés par l'absence de couleurs et d'angles droits.
Des sculptures en mouvement
Amatrice du mouvement artistique Futuriste, la notion de vitesse est présente dans la forme de la caserne. Le batîment est conçu comme une sculpture de béton. Les volumes ne comportent aucun angles droits, ils semblent interrompus, comme une explosion figée. Zaha Hadid voulait faire le lien en la forme de l'architecture et l'urgence des interventions des pompiers.
Si dans cet exemple, l'architecture aux volumes déconstruits contraste avec les bâtiments voisins , plus tard le style de Hadid se caractérise par des formes organiques. L'utilisation de matériaux tel que le verre et l'acier lui ont permis de créer des bâtiments fluides, épurés et futuristes, semblant "sortir" de leur environnement.
4. Frank Gehry / 1929
La maison dansante, République Tchèque
Œuvre conjointe de l'architecte tchèque Vlado Milunić et de Frank Gehry.
Quais de la rive droite de la rivière Vltava – Prague
Date d’ouverture : 1996
Histoire du projet
Au départ le projet est confié à Vlado Milunić, architecte tchèque d'origine croate. Il est alors question d'ériger un grand centre culturel et social devant abriter une librairie, une galerie d'art, une salle polyvalente et un café sur toit-terrasse.
Selon les termes de Vlado Milunić, « il fallait que cet immeuble reflète le contexte de la société tchécoslovaque, sa rupture avec son passé totalitaire et son évolution vers des changements radicaux. Ma première idée fut de construire un immeuble composé de deux parties en situation de dialogue, comme quelque chose de statique face à quelque chose de dynamique, du plus qui contrecarre du moins, le yin qui équilibre le yáng »
Ce premier projet n’aboutit pas, et le terrain est racheté en 1992 par la banque néerlandaise ING qui souhaite construire des bureaux. Pour ne pas froisser les personnalités locales, l'architecte Vlado Milunić est conservé, mais doit s'associer à un architecte de renommé internationale. L'architecte Jean-Nouvel (salle de spectacle Onyx à Saint-Herblain, palais de justice de Nantes) est sollicité mais refuse de participer estimant que la superficie du terrain (491m2) est trop petite pour travailler à deux. Frank Gehry accepte la collaboration et supervise le projet.
Le groupe ING Veut s'implanter sur le marché de l’Europe de l'est et investi un budget important pour que leur immeuble soit remarquable.
Gerhy a tenu compte des premières esquisses de Milunić, en gardant l'idée d'une architecture en deux parties. La présence d'une tour était incontournable, la tour étant une forme caractéristique de l’architecture de la ville de Prague, surnommée la ville aux 100 tours. Selon Gerhy, une seule tour avait une connotation trop phallique. L'idée est alors venue de jouer sur le ying et le yang, en parallèle avec le féminin et le masculin.
Gerhy a ensuite surnommé les deux parties de l'édifice "Ginger" et "Fred", en référence aux danseurs Ginger Rogers et Fred Astaire, couple mythique du cinéma et des comédies musicales.
L' immeuble compte six étages de bureaux occupés par diverses multinationales. Au rez-de-chaussée et au sous-sol : un café et des boutiques.
Le septième étage est un toit-terrasse qui abrite un restaurant panoramique.
L'immeuble dispose aussi d'une salle d'exposition, la Galerie Tančící dům, et d'un hôtel 4 étoiles, le Dancing House Hotel.
Une architecture extravagante
L'immeuble, entouré de monuments historiques, de styles néobaroque, néogothique et Art nouveau, contraste à différents points de vue.
Sa forme globale ne suit pas le profil des autres édifices, les deux cylindres qui le composent sont déformés, soit contractés, soit gonflé.
Les matériaux utilisés, la forte présence du verre et la manière dont le béton est utilisé ( 99 panneaux de béton, chacun d'une forme et d'une couleur différente), contrastent avec la pierre environnante.
L'emplacement au bord de la rivière Vltava dégage la vue vers l'édifice que l'on remarque directement lorsque l'on se situ sur les berges opposées.
La "vibration de la couleur" sur les façades des architectures est une préoccupation importante dans le travail de Gerhy. Dans la fondation Guggenheim, à Bilbao (1997) il utilisera la pierre, le verre et le titane. Le titane, est utilisé sous forme de fines plaques qui recouvrent l'ensemble de l’édifice, comme une étrange carapace. Le matériau réfléchi la lumière et subit des variations chromatiques en fonction des conditions atmosphériques. Pour amplifier ces effets, un bassin situé devant la fondation augmente les réflexions de la lumière.
Une approche sensible de la recherche
Selon une technique proche de l’écriture automatique, Gehry multiplie les dessins, les « gribouillages » comme il dit, desquels émergent progressivement des formes. « Je regarde à travers le papier pour tenter de lui arracher l’idée formelle, explique-t-il ; c’est comme quelqu’un qui se noierait dans le papier. C’est pourquoi je ne considère pas ce que je fais comme des dessins ; je ne peux pas. C’est seulement après, quand je regarde».
Extrait du site du magazine "Connaissances des Arts"
rubrique "Monuments et patrimoine" - Un rêve de titane au Musée Guggenheim Bilbao
Par Jean-François Lasnierle 19.03.2020
5. L' Architecture déconstructiviste
Courant d’architecture contemporaine
Opposé à la rationalité ordonnée du modernisme.
Design non linéaire
Défiance envers les formes symétriques
Années 80’ 90’
Rompre avec les formes structurales d’un bâtiment classique.
Inclus dans la conception des approches non linéaires.
Fragmentation / Déconstruction / altération des formes.
Rejet de la géométrie Euclidienne
Rejet de l’harmonie, de la linéarité, de la continuité.
Utilisation de volumes irréguliers, non proportionnés, brisés, voir déchiqueter.
Absence d’angles droits.
Capacité de modifier les perceptions de l’espace.
Exposition marquante en 1988 : " Deconstructivist Architecture" réunit au MoMA (Musée d'Art Moderne) à New York :
Peter Eisenman
Bernard Tschumi
Rem Koolhaas
Zaha Hadid
Frank O. Gehry
Daniel Libeskind
Agence Coop Himmelb(l)au